27.02.2009

Sarkozy et l’Université – la revanche personnelle d’un cancre

PS : Le titre de l’article est de la seule responsabilité de la Fondation Copernic. (www.fondation-copernic.org)

 L’histoire universitaire et le rapport malheureux de Nicolas Sarkozy  à celle-ci permettent de comprendre la politique de mépris qu’avec constance ses affidés développent à l’endroit de la recherche et des chercheurs, de l’université et des universitaires. Preuves à l’appui.

Les propos de Nicolas Sarkozy sur l’université et la recherche trahissent une implication personnelle qui n’obéit pas seulement à la centralisation présidentielle du pouvoir. Il ne suffit pas de mettre en cause les conseillers et la plume du discours du 22 janvier 2009 sur « une stratégie nationale de recherche et d’innovation » alors que des passages improvisés de cette allocution prennent un ton acrimonieux et que bien d’autres interventions confirment un solide ressentiment. Pendant sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s’en prenait par exemple à celui qui avait mis la princesse de Clèves au programme du concours d’administration centrale : « Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la princesse de Clèves. Imaginez un peu le spectacle » (23 février 2007 à Lyon). Depuis, les propos méprisants se sont multipliés contre les scientifiques ou des sciences. En février 2008, la mise en place d’une commission présidée par le professeur Guesnerie, visait à donner une caution académique aux reproches adressés à un enseignement qui négligerait l’entreprise, accorderait trop de place à la macroéconomie et à la sociologie et préparerait, on le devine, à des pensées politiquement subversives. Toutefois, la commission Guesnerie conclut à une excellente qualité d’ensemble des manuels. Les attaques contre la section économique et sociale ont néanmoins continué en prenant parfois le ton du persiflage au nom d’une compétence peu évidente. Ainsi, le 27 janvier 2009, Nicolas Sarkozy ressassait-il son hostilité devant un nouveau public : « Il y a une filière économique pour vos enfants. C’est une blague. Mettez vos enfants dans la filière ES, ils ne pourront pas se permettre de se présenter dans les meilleures écoles économiques ».

Titres de compétence ? Les sociologues savent bien que les jugements en disent souvent plus sur leurs auteurs que sur les choses dont ils parlent. Or les études de Nicolas Sarkozy n’ont pas été si brillantes ni spécialisées qu’elles l’autorisent à juger de haut les questions d’orientation scolaire et de pédagogie. Par contre, elles ont été assez médiocres pour nourrir son ressentiment personnel qui, en affinité avec l’humeur anti-intellectuelle des milieux qui le soutiennent, explique largement la « petite guerre » faite aujourd’hui aux scientifiques et universitaires.

Avant l’élection présidentielle de 2007, les sites officiels (ministère de l’Intérieur, Conseil Général des Hauts de Seine), partisan (UMP) ou professionnel (Cabinet d’avocats Arnaud Claude – Nicolas Sarkozy) indiquaient que Nicolas Sarkozy avait une maîtrise de droit privé, un certificat d’aptitude à la profession d’avocat, un DEA de sciences politiques et fait des études à l’Institut d’Etudes politiques de Paris. Quelques uns étaient plus précis comme le Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire indiquant un « DEA de sciences politiques avec mention (mémoire sur le référendum du 27 avril 1969 » ainsi que celui du Conseil Général des Hauts de Seine qui assurait que « Nicolas Sarkozy décroche un DEA de sciences politiques avec mention, lors de la soutenance d’un mémoire sur le référendum du 27 avril 1969 ».

La mention des Etudes à l’IEP de Paris est problématique puisque Nicolas Sarkozy n’y a pas poursuivi ses études jusqu’au bout comme il est aisé de le vérifier dans l’annuaire des anciens élèves. Or, selon les usages, le titre d’ancien élève ne vaut que pour les diplômés. Il fut donc abandonné. Toutefois, le site de l’Elysée porte toujours cette indication lapidaire : Institut d’Etudes Politiques de Paris (1979-1981). Quant à l’expression « avec mention » accolée à un diplôme, elle indique cette propension à « gonfler » son CV caractéristique des candidatures aux emplois d’aujourd’hui. Si les universitaires savent que tous les diplômés ont au moins la mention « passable », tous les Français ne le savent peut-être pas. L’ensemble des CV est flou à d’autres égards puisqu’on ignore où les diplômes ont été obtenus. Seul le site professionnel du cabinet d’avocats des Hauts de Seine indiquait que Nicolas Sarkozy « est diplômé de droit privé et d’un DEA de sciences politiques de l’Université de Paris X Nanterre ».

C’est en effet là que Nicolas Sarkozy a fait ses études. Faute d’annuaire d’anciens élèves, il était plus difficile de vérifier ce curriculum vitae. Le certificat d’aptitude à la profession d’avocat a bien été obtenu en 1980 avec la note de 10/20 (cf. doc. 1 en annexe). Il y a par contre un problème pour le DEA. Sauf la même défaillance de mémoire des professeurs exerçant en 1979 dans le DEA de sciences politiques de Paris X Nanterre, Nicolas Sarkozy n’a pas obtenu son diplôme. Une petite enquête se heurte à la page noire du réseau intranet de l’université. L’auteur de ces lignes a alors adressé une demande écrite à la présidence de l’université qui a confirmé que le service de scolarité disposait bien d’un document certifiant l’obtention du DEA. Il restait à vérifier avec la pièce qui fait foi en la matière, à savoir le procès verbal de délibération, document autographe au format A3, difficile à contrefaire. Le candidat apparaît bien dans le procès verbal de la première session : il est « ajourné » car absent de l’épreuve écrite terminale et n’ayant pas rendu son mémoire (cf. doc. 2). Il restait à consulter le procès verbal de la deuxième session. Or, le procès verbal a disparu des archives de l’université. Il est même le seul procès verbal manquant de toute l’existence du DEA.

Un conclusion est certaine : les universités protègent mal leurs archives. Si l’auteur de ces lignes a pu y pénétrer pour enquête, on peut supposer que d’autres puissent le faire aussi, légalement ou non, pour des raisons illicites. Voila en tout cas un bon motif de réforme de l’université : garantir l’authenticité des diplômes.

Alain Garrigou, Professeur de science politique à l’université de Paris X Nanterre

26.02.2009

Après la crise financière, la guerre civile ?

Préparez-vous à "quitter votre région"...

La crise économique et financière va-t-elle dégénérer en violentes explosions sociales ? En Europe, aux Etats-Unis ou au Japon, la guerre civile est-elle pour demain ? C'est le pronostic quelque peu affolant que dressent les experts du LEAP/Europe 2020, un groupe de réflexion européen, dans leur dernier bulletin daté de mi-février.

Dans cette édition où il est question que la crise entre, au quatrième trimestre 2009, dans une phase de "dislocation géopolitique mondiale", les experts prévoient un "sauve-qui-peut généralisé" dans les pays frappés par la crise. Cette débandade se conclurait ensuite par des logiques d'affrontements, autrement dit, par des semi-guerres civiles. "Si votre pays ou région est une zone où circulent massivement des armes à feu (parmi les grands pays, seuls les Etats-Unis sont dans ce cas), indique le LEAP, alors le meilleur moyen de faire face à la dislocation est de quitter votre région, si cela est possible."

Selon cette association, formée de contributeurs indépendants issus des milieux politiques et économiques et de professionnels européens de différents secteurs, les zones les plus dangereuses sont celles où le système de protection sociale est le plus faible.

La crise serait ainsi à même de susciter de violentes révoltes populaires dont l'intensité serait aggravée par une libre circulation des armes à feu. L'Amérique latine, mais aussi les Etats-Unis sont les zones les plus à risques. "Il y a 200 millions d'armes à feu en circulation aux Etats-Unis, et la violence sociale s'est déjà manifestée via les gangs", rappelle Franck Biancheri, à la tête de l'association. Les experts du LEAP décèlent d'ailleurs déjà des fuites de populations des Etats-Unis vers l'Europe, "où la dangerosité physique directe restera marginale", selon eux.

FAIRE DES RÉSERVES

Au-delà de ces conflits armés, le LEAP alerte sur les risques de pénuries possibles d'énergie, de nourriture, d'eau, dans les régions dépendantes de l'extérieur pour leur approvisionnement et conseille de faire des réserves. Cette perspective apocalyptique pourrait faire sourire si ce groupe de réflexion n'avait, dès février 2006, prédit avec une exactitude troublante le déclenchement et l'enchaînement de la crise. Il y a trois ans, l'association décrivait ainsi la venue d'une "crise systémique mondiale", initiée par une infection financière globale liée au surendettement américain, suivie de l'effondrement boursier, en particulier en Asie et aux Etats-Unis (de - 50 % à - 20 % en un an), puis de l'éclatement de l'ensemble des bulles immobilières mondiales au Royaume-Uni, en Espagne, en France et dans les pays émergents. Tout cela provoquant une récession en Europe et une "très Grande Dépression" aux Etats-Unis.

Doit-on en conclure que la crise mondiale peut se transformer en guerre mondiale ? "Les pronostics de LEAP sont extrêmes, mais la violence sociale pointe", admet Laurence Boone, économiste chez Barclays.

Reste un espoir, une "dernière chance" selon le LEAP, qui résiderait dans la capacité du G20, qui se réunira le 2 avril à Londres, à arrêter un plan d'action "convaincant et audacieux". Dans ce cas, le monde ne serait toutefois pas tiré d'affaire, puisque les experts ne manquent de rappeler que se profile aussi une sévère crise climatique...

Claire Gatinois, Le Monde du 27/02/09

24.02.2009

Wall Street au plus bas depuis 12 ans

 Source AFP, 23/02/2009 : Les mesures successives annoncées par le président américain Obama n'y font rien. La Bourse de New York ne cesse de reculer, embourbée dans la crise. La Bourse de New York, prise dans le marasme d'une crise financière sans fond, est tombée lundi à son plus bas niveau en près de 12 ans, ne cessant de reculer malgré les mesures successives annoncées par les pouvoirs publics américains.

Son indice vedette, le Dow Jones, a lâché 3,41% (250,89 points), à 7.114,78 points, son plus bas niveau de clôture depuis mai 1997. L'indice vedette de Wall Street a perdu près de la moitié de sa valeur depuis son record du 11 octobre 2007 (14.198,10 points) et reste sur trois baisses consécutives.

Très suivi des opérateurs, l'indice élargi Standard & Poor's 500, qui avait tenu jusqu'alors au dessus de son plancher de novembre, a fini au plus bas depuis avril 1997, en baisse de 3,47% à 743,33 points.

Le Nasdaq, à dominante technologique, a cédé 3,71% à 1.387,72 points, au dessus de son niveau de clôture du 20 novembre dernier.

Après une tentative de rebond en début de séance, la première place financière mondiale est rapidement repartie à la baisse.

"Les ventes entraînent les ventes", a soupiré Mace Blicksilver, directeur du gestionnaire d'actifs Marblehead Asset Management.

Soutenant le marché à l'ouverture, le Trésor a ouvert la porte à une éventuelle nationalisation des banques, tout en laissant entendre que cette option restait un dernier recours.

Selon les médias, les autorités envisagent de convertir en actions ordinaires leurs actions préférentielles dans Citigroup, pour posséder entre 25 à 40% du capital de la banque, alors que le marché craignait une nationalisation totale. Le titre a rebondi de 9,74% à 2,14 dollars après une chute de 41% la semaine dernière.

Bank of America, qui avait aussi fait l'objet de rumeurs de nationalisation, a repris 3,17% à 3,91 dollars.

"C'est une bonne nouvelle pour les banques que le gouvernement approuve le versement de nouvelles aides, mais ce n'est pas positif pour le marché que les banques aient besoin de nouvelles aides", a expliqué Marc Pado, analyste de Cantor Fitzgerald.

"Il reste trop de questions", a estimé de son côté Art Hogan, de Jefferies. "Tant qu'on n'aura pas plus de détails sur les solutions que veut apporter le gouvernement à la crise qui touche les banques, le marché aura du mal à rebondir".

Les investisseurs restent dans l'attente de détails concernant le plan du Trésor pour sortir le système bancaire de la crise, en particulier sur le prix qui sera payé aux institutions financières pour leur racheter les actifs douteux qui empoisonnent leurs bilans.

Les analystes jugent que les multiples mesures annoncées par l'administration Obama depuis son entrée en fonction (plan de relance de près de 800 milliards de dollars, plan pour l'immobilier) n'auront qu'un effet limité et que la récession va s'intensifier.

23.02.2009

Prochaines réunions et changement de date

 

rubon1.jpgRéunions mensuelles :

- Attac Poitiers : mardi 10 mars à 20 h 15, Maison du Peuple, salle Timbaud.

- Attac Châtellerault : mercredi 11 mars, Salle Camille Pagé (20 h 30)

ATTENTION : CHANGEMENT DE DATE !
La conférence-débat avec Jean-Marie Harribey est reportée au mardi 9 avril, Maison pour Tous, rue Creuzet à Châtellerault.

 

22.02.2009

Partage de la valeur ajoutée : touchez pas aux profits !

 

logo-30.gifDevant l’évidence de la crise – et plus encore celle de la montée du mécontentement –, M. Nicolas Sarkozy a dû reconnaître que le pouvoir d’achat n’était pas une question accessoire. D’où la suppression des deuxième et troisième tiers provisionnel pour les familles ayant un revenu déclaré inférieur à 11 673 euros par an, le relèvement de l’indemnisation du chômage partiel, et la prime (500 euros) pour les chômeurs n’ayant travaillé que deux à quatre mois au cours de la dernière année – un coup de pouce toujours bon à prendre, mais très en dessous des besoins.

Une fois touchés les 500 euros, les jeunes précaires qui n’ont pas droit au RMI se retrouvent toujours aussi démunis. Pour les 2,1 millions de contribuables qui ne paieront pas d’impôts sur le revenu d’ici la fin de l’année, cela représente un gain compris entre 20 euros pour un célibataire et 260 pour une famille de cinq personnes : ce n’est pas négligeable, mais pas vraiment de quoi faire des folies.

Au total, les mesures proposées représenteraient, selon le président de la République (il faut attendre les modalités concrètes pour vérifier) 2,6 milliards d’euros. A comparer avec les 15 milliards du « paquet fiscal », incluant le « bouclier » du même nom, ou les 26 milliards d’euros précédemment annoncés au nom de la relance de l’investissement… Sans oublier les projets de nouvelles réductions des contributions patronales, qui seront compensées par une hausse des impôts pour tous : suppression de la taxe professionnelle d’ici 2010 (11,4 milliards d’euros) ; exonération des cotisations servant pour les allocations familiales (30 milliards d’euros)

 

La suite de cet article de Martine Bulard : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-02-20-Touchez-pas-aux-profits

 

Les médias et la crise

rubon1.jpgAllez faire un tour sur le site d'Attac France, dans Spéculand, dédié à "la crise".

Vidéo de l’intervention de Frédéric Lordon : http://speculand.com/Les-medias-et-la-crise

 (Jeudi d’Acrimed - le 5 février 2009)

Des milliards pour les riches, des miettes pour les pauvres

 

rubon1.jpgÀ l’issue de sa rencontre avec les syndicats, le Président Sarkozy n’a fourni aucune réponse aux attentes de la population.

Pire, il a choisi de poursuivre sa politique, en la mâtinant de quelques mesures destinées à en dissimuler les effets les plus graves. 
- Il ne remet pas en cause les cadeaux fiscaux faits aux privilégiés. 
- Il continue d’aider banques et entreprises sans aucune contrepartie en termes de choix d’investissement, de priorités, alors qu’il se gargarise de protection des plus faibles et de développement durable. 
- Il saupoudre quelques aides pour les victimes du chômage partiel, mais sans envisager la moindre politique en faveur de l’emploi. 
- Il invente la catégorie de la classe moyenne inférieure pour désigner la fraction de plus en plus importante du salariat payée au SMIC ou autour du SMIC, sans qu’il soit question d’augmenter celui-ci. 
- Il entend parachever ses contre-réformes qui démantèlent les services publics, notamment de l’enseignement et de la recherche, en sacrifiant toujours davantage de postes de fonctionnaires, désignés comme improductifs et bloquant le dynamisme de l’économie. C’est la meilleure façon de faire oublier les vrais fautifs de la crise. 
- Renouant avec les heures sombres du colonialisme, il laisse se dégrader une situation sociale dramatique en Guadeloupe et en Martinique, révélant ainsi un profond mépris à l’égard des populations les plus humbles.

L’association Attac dénonce cette politique en trompe-l’œil, au service d’un système capitaliste incapable de répondre aux besoins humains, et dont les responsables affichent avec une belle arrogance la volonté de ne rien changer, à l’instar du Medef. Attac rappelle l’urgence à répartir les richesses de manière équitable, grâce à un revenu minimum décent pour tous, à un revenu maximum, à des services publics de qualité accessibles à tous, à une politique économique préparant un avenir non productiviste. La crise est majeure mais elle n’arrive pas par hasard. Elle résulte de la logique financière et de politiques menées depuis trois décennies auxquelles il faut mettre un terme, en France, en Europe et dans le monde. Plus que jamais l’heure est à la mobilisation : ici le 19 mars, partout ailleurs le 28 mars lors du prochain G20, peut-être avant et sûrement après.

 

16.02.2009

La règle des « trois tiers » : attention danger

logo_attac.gifOn n’a pas assez fait attention à la dangerosité du nouveau slogan de Sarkozy avancé dans son émission de propagande du 5 février : « le partage des profits en trois tiers : salariés, actionnaires et investissement ». On passera vite sur le fait que Sarkozy et nombre de commentateurs le lendemain confondent souvent valeur ajoutée et profit. À la racine de cette confusion figure la croyance que le capital est fécond. Ainsi, Pierre-Antoine Delhommais, nouvel économiste libéral en chef au journal Le Monde, écrit-il (7 février 2009) : « Deux facteurs contribuent à la création de valeur ajoutée dans l’entreprise : le capital et le travail. » On recommande à cet éditorialiste, s’il s’obstine à ne pas lire une seule ligne de l’économie politique et de Marx en particulier, de lire au moins les deux premiers alinéas de la page 223 (éditions Payot, 1969) de la Théorie générale de Keynes. Mais, pour aujourd’hui, l’essentiel sera ailleurs.

L’entreprise Total a annoncé un profit record pour 2008 de 13,9 milliards d’euros, et les entreprises cotées dans le CAC 40 ont versé l’an dernier 54,2 milliards d’euros à leurs actionnaires (43 de dividendes et 11,2 de rachats d’actions) (Les Échos, 13 février 2009).

Aussitôt, des voix s’élèvent pour prendre Sarkozy au mot et demander qu’on applique son nouveau slogan du partage du profit en trois tiers. C’est un piège grossier. Parce que ces profits records sont dus essentiellement à une gigantesque ponction sur la collectivité et pas seulement sur les salariés des dites sociétés. Et cela par plusieurs mécanismes.

Le premier est tout simple. Total, ainsi que toutes les « majors », ont profité de la flambée du prix du pétrole pendant le premier semestre 2008. Cette flambée s’est traduite par un prélèvement en hausse brutale sur tous les utilisateurs de pétrole. Un autre mécanisme est celui du fonctionnement classique du capitalisme : les positions dominantes sur le marché se traduisent par la fixation de prix qui n’ont plus de rapport direct avec les coûts de production individuels de chaque entreprise, mais intègrent une part de réallocation de la richesse globale par le biais d’une tendance à la péréquation du taux de profit entre les capitalistes qui se partagent la plus-value au prorata de leur capital engagé.

Tout cela doit nous amener à revendiquer non pas une répartition du profit selon le slogan de Sarkozy, mais une répartition de la valeur ajoutée pour l’ensemble de la collectivité : diminution drastique des dividendes, augmentation des salaires (d’abord des plus faibles), diminution du temps de travail de tous et augmentation de la part de richesse qui sera socialisée pour payer les services non marchands et assurer la protection sociale.

La RTT [1] est l’exemple qui permet peut-être de mieux comprendre l’ensemble des problèmes soulevés. Rappelons-nous que l’un des arguments ressassés par le Medef et la droite contre les 35 heures était qu’on ne pouvait appliquer la même règle à tous les travailleurs. Eh bien, si ! En refusant que les gains de productivité soient accaparés par les actionnaires bien sûr, mais aussi par les seuls salariés des entreprises où le marché les fait apparaître de manière trompeuse dans telle ou telle grande entreprise, et en les répartissant au contraire sur tous les travailleurs, on prend à revers le capitalisme en oeuvrant pour une péréquation « sociale » des gains de productivité, et donc finalement de la valeur ajoutée.

[1] Réduction du temps de travail

Les paradis fiscaux, agents de la crise financière

logo_attac.gifLa crise financière mondiale est née aux États-Unis en 2006-2007. Assez rapidement, elle s’est complétée d’une crise bancaire et d’une crise de disponibilité des liquidités ; elle a percuté les budgets publics de nombreux États et a accru une crise économique et une crise sociale déjà bien installées. Face aux milliards de dollars, de livres sterling et d’euros ouverts soudainement aux banques pour « sauver les économies des épargnants » (sic), des responsables politiques ont utilisé le discours qu’ils tiennent après chaque catastrophe : « Plus jamais ça ! » Parmi celles et ceux qui, pendant des années, ont participé aux dérégulations et à la libéralisation totale de la finance, on a entendu des rodomontades contre les patrons voyous et aussi contre le « scandale des paradis fiscaux ». Mais aucune mesure concrète sérieuse n’a encore été prise pour venir crédibiliser ces discours.

Pour celles et ceux qui veulent essayer de comprendre pour agir, il est plus particulièrement utile de mesurer la place réellement tenue par les paradis fiscaux dans la naissance et l’extension de la crise financière comme dans le développement et l’approfondissement des crises économiques et sociales.

 

La suite de cet article sur le site d'Attac France : http://www.france.attac.org/spip.php?article9551

10.02.2009

“Pièces à conviction” spécial uranium

“Pièces à conviction” spécial uranium (Télérama du 3 février 2009)

Pour Areva, la meilleure défense, c'est l'attaque !


Le titre du prochain numéro de “Pièces à convictions”, que diffuse le 11 février France 3, fait peur. 

Et pas qu'aux téléspectateurs : le 29 janvier, Areva a décidé de saisir le CSA, alors que le groupe spécialisé dans le nucléaire n'a vu aucun reportage. Mais il n'a aucune chance d'empêcher la diffusion de l'émission.

Sensible sur la question des déchets d'uranium, Areva ? Ce n'est une surprise pour personne. A France 3, on dit avoir senti la « fébrilité » du groupe - qui, pour l'heure, n'a pas daigné nous répondre - dès les premiers contacts établis par la rédaction de Pièces à conviction. Des personnalités sollicitées pour intervenir sur le plateau d'Élise Lucet (parmi lesquelles le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo), seule Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, a décliné, pour cause officielle d'emploi du temps surchargé, laissant le soin à son porte-parole, Jacques-Emmanuel Saulnier, d'honorer l'invitation.

Plus surprenante, en revanche, est la promptitude du groupe à agiter le chiffon rouge du CSA... d'autant que l'autorité n'a pas, selon ses propres mots, « rôle de censeur » et n'est pas habilitée à s'opposer à la diffusion d'une émission en amont. « Nous n'avons pu qu'enregistrer la saisine émise par Areva. Le CSA n'a pas vocation à réagir à un programme avant sa diffusion; nous ne pouvons éventuellement intervenir qu'après la diffusion », explique-t-on à l'instance de régulation.

Se fondant uniquement sur une dépêche de l'AFP, qui évoquait « la thèse (...) du scandale de la France contaminée par les déchets radioactifs, résidus des mines d'uranium », Areva semble donc avoir foncé bille en tête vers une procédure qui s'avère dans les faits impossible à mettre en œuvre. Dans un communiqué, le groupe estimait « pour le moins surprenant, voire contraire à la déontologie, que son point de vue soit présupposé et rendu public avant même qu'il ne se soit exprimé ». En clair, Areva a la désagréable sensation que les dés sont pipés. C'est là, tout de même, qu'il convient de rappeler que les extraits qu'ont pu visionner les journalistes (dont celui de l'AFP) n'étaient qu'à l'état de projet ou en cours de montage, et que certaines séquences, dont l'interview du porte-parole d'Areva, n'étaient pas encore tournées.

Réagissant à son tour par l'AFP, le rédacteur en chef de l'émission, Lionel de Coninck, a réfuté ces accusations de « présupposition », en indiquant que le reportage relayait « ce que dit Areva depuis des dizaines d'années sur le sujet ». C'est-à-dire un discours qui se veut rassurant sur la question de la possible nocivité des quelques millions de tonnes de déchets d'uranium dispersés sur le territoire français depuis plusieurs décennies.Des millions de tonnes de résidus radioactifs abandonnés à moins de six pieds sous terre, c'est vrai que ça invite à l'optimisme…
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Émilie Gavoille

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