04.11.2009

Paradis fiscaux : remontons sur le ring

PAR LES INITIATEURS DE LA CAMPAGNE « STOP PARADIS FISCAUX » :
OLIVIER BLAMANGIN (CGT), ANOUSHEH KARVAR (CFDT), GÉRARD GOURGUECHON (Attac), VINCENT DREZET (Snui), MAYLIS LABUSQUIÈRE (Oxfam France - Agir ici), JEAN MERCKAERT (CCFD-Terre solidaire).

Annonçant la fin des paradis fiscaux à la veille du G 20 de Pittsburgh, le président de la République pensait-il avoir mis KO ces trous noirs de la finance mondiale ? Depuis le 2 avril à Londres, le G 20 a certes semblé emporter le premier round et la France a mouillé le maillot, mais les coups infligés au secret bancaire suisse ou aux clients américains d’UBS sont loin d’avoir mis les paradis fiscaux au tapis. Au contraire, le combat s’annonce long, et âpre. Au-delà des affirmations de principe, le dispositif mis en place à ce jour par le G 20 et l’OCDE est aisément contournable.

Pire, si la détermination affichée n’est pas maintenue dans les mois - et les années - qui viennent, les avancées de 2009 n’auront servi à presque rien, sinon à donner un blanc-seing aux utilisateurs des paradis fiscaux et judiciaires.

Ainsi, selon les critères retenus par le G 20, un paradis fiscal n’a pour rentrer dans le rang qu’à signer douze traités de coopération fiscale, alors que la planète compte plus de 230 territoires susceptibles de signer de tels accords. Ainsi en est-il de Monaco, à qui il a suffi de signer des traités avec des pays tels qu’Andorre, les Bahamas, le Liechtenstein ou le Luxembourg pour être «blanchi» ! Au rythme où vont ces petits arrangements entre amis, la liste «grise» des paradis fiscaux sera quasiment vide en 2010 ! Exit la transparence promise.

Premières victimes : les pays pauvres, qui n’ont pas les moyens de négocier ces traités et dont les budgets publics sont pourtant grevés, chaque année, à hauteur de 125 milliards d’euros du fait de l’évasion fiscale pratiquée par les multinationales - soit cinq fois les montants jugés nécessaires par la FAO pour éradiquer la faim dans le monde.


Lors du sommet franco-britannique d’Evian, en juillet, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown ont identifié ce danger. En se disant prêts à «mettre la barre au-dessus de douze», ils reconnaissent qu’il faudra aller plus loin. En réalité, la seule solution, et tout le monde le sait, est la mise en place d’un dispositif multilatéral engageant les paradis fiscaux à donner les mêmes garanties de transparence à tous les pays du monde. Les ministres des Finances du G 20, réunis début novembre en Ecosse, doivent s’y engager. Si, en France, la fraude fiscale représente trois fois le déficit de la Sécurité sociale, pour les pays du Sud ce sont des sommes vitales qui font défaut, pour le développement agricole comme pour les services de santé ou d’éducation.

Autre clé du combat : il est vain d’imposer aux paradis fiscaux d’assouplir leur secret bancaire sans examiner l’ensemble des services opaques qu’ils offrent pour tricher avec le fisc et la justice, comme les sociétés écrans et les trusts. A Berlin, en juin, dix-neuf Etats de l’OCDE - dont la France - l’ont admis. A Christine Lagarde d’afficher cette même détermination lors du prochain G 20 des finances.

Ne pas le faire reviendrait à épargner la partie immergée de l’iceberg. Surtout, le G 20 peut raccrocher les gants s’il ne vise pas les bénéficiaires des paradis fiscaux et judiciaires, c’est-à-dire non seulement les riches individus abonnés à ces artifices exotiques pour échapper à l’impôt, mais surtout les entreprises internationales - françaises comprises - pour qui les taux zéro des paradis fiscaux sont devenus un élément incontournable de la vie des affaires.

En exigeant des banques qu’elles se retirent des paradis fiscaux d’ici mars 2010, le gouvernement français est sur la bonne voie - sauf que la liste grise des paradis fiscaux à laquelle il se réfère fond à vue d’œil. Pour que tout le monde soit logé à la même enseigne - condition sine qua non pour l’efficacité des mesures - il n’y a pas trente-six solutions : la plus opérationnelle est d’exiger la transparence sur l’activité, les effectifs, les bénéfices et les impôts versés par les filiales des entreprises multinationales dans chaque pays où elles opèrent, par l’introduction dans les normes comptables internationales d’une obligation de reporting, de publication de comptes, pays par pays, autant d’informations dont disposent les entreprises mais qui sont aujourd’hui des secrets bien gardés. Sur tous ces points, la France peut faire la différence.

A condition de remonter sur le ring et de mener le combat jusqu’au bout. Les citoyens, mobilisés en nombre dans la campagne «Stop paradis fiscaux !», l’attendent. Ils ne resteront pas inactifs si d’aventure les résultats du G 20 finance s’avèrent décevants. La défaite est interdite.

Tribune parue dans Libération du 2 novembre 2009.

02.11.2009

Surprise : les principaux paradis fiscaux sont près de chez nous

Un Etat des Etats-Unis et deux pays européens constituent le trio de tête du classement des paradis fiscaux révélé ce lundi par une plate-forme d'ONG et d'acteurs de la société civile, Tax Justice Network (TJN). Cette liste de 60 Etats ou territoires n'a rien à voir avec les classements très diplomatiques réalisés par l'OCDE dans la foulée des réunions du G20.

Première différence, de taille : les ONG en question (dont Oxfam, Attac, le CCFD, Transparence international…) n'incluent pas seulement dans leur classement les Etats, mais aussi des territoires faisant partie de ces Etats. C'est pourquoi le Delaware arrive en première position, et la City de Londres en cinquième…

Le classement des soixante n'est pas encore disponbile en français, mais est lisible en anglais sur le site Financial Secrecy Index. Voici le top 10 où, selon TJN, « se concentre, à l'échelle mondiale, l'argent sale et celui de l'évasion fiscale » :

  1. Delaware (Etats-Unis)
  2. Luxembourg
  3. Suisse
  4. Iles Caïman
  5. City de Londres (Royaume-Uni)
  6. Irlande
  7. Bermudes
  8. Singapour
  9. Belgique
  10. Hong-Kong

Nul besoin d'ajouter les deux suivants au classement (Jersey et l'Autriche) ou d'aller plus loin dans le classement (Pays-Bas, Chypre, Malte, Madère, Hongrie, île de Man figurent dans le top 25) pour constater que l'Europe est très bien représentée dans la liste : cinq pays, dont quatre membres de l'UE, dans le top 10. « Les deux candidats à la présidence de l'Union, Tony Blair et Jean-Claude Juncker, viennent de pays figurant dans le top 5 », remarque Jean Merckaert, du CCFD-Terre Solidaire.

La suite sur le site de Rue 89 :

http://eco.rue89.com/2009/11/02/surprise-les-principaux-paradis-fiscaux-sont-pres-de-chez-nous-124331

28.10.2009

"Evénements" de Poitiers

En plus des articles publiés dans la presse locale depuis 15 jours, quelques informations très récentes :
- un article de Rue 89 (http://www.rue89.com/2009/10/27/violences-a-poitiers-beaucoup-de-bruit-pour-18-vitrines-123611)
Deux semaines après les violences dans les rues de Poitiers en marge de la manif anticarcérale du 10 octobre, les devis commencent à affluer sur le bureau de la Fédération des agents économiques locale. Vu le battage autour de l'événement, on croirait facilement qu'ils sont légion. Raté : 19 commerçants, et pas un de plus, ont en fait été touchés.
La Fédération des agents économiques réunit les dossiers des commerçants qui cherchent à se faire indemniser - d'abord par leur assurance, puis par l'Etat puisque Brice Hortefeux a promis de mettre au bout si les enseignes ne rentraient pas dans leurs frais. On se rappelle en effet la visite express du ministre de l'Intérieur sur place, deux jours après ce que médias et classe politique décrivaient à l'unison comme de grandes émeutes. (La suite sur le site de Rue 89)
- un article dans l'Humanité du 26/10/09 : http://www.humanite.fr/2009-10-26_Societe_Poitiers-recit-d-un-engrenage
- Pétition pour demander la libération immédiate de Patrick, le 3ème inculpé du 10 octobre à Poitiers. Suivre le lien : http://3cites.free.fr/spip.php?article18

 

25.10.2009

Nicolas Sarkozy, très très cher président de l'UE

Au mois de juillet, pour son premier rapport de l'histoire sur le budget de l'Elysée, la Cour des comptes avait déjà relevé de nombreuses anomalies, mettant notamment à jour un système de sondages aussi coûteux qu'inopportuns. Trois mois plus tard, ce sont cette fois les comptes de la présidence française de l'Union européenne qui sont épinglés.

Du 1er juillet au 31 décembre 2008, l'Etat français aura dépensé 171 millions d'euros, selon le rapport de l'institution de contrôle budgétaire, publié par Mediapart. Certes, on pourra toujours dire que c'est moins que les 190 millions d'euros d'autorisations d'engagement initialement votées par le Parlement français.

Mais c'est trois fois plus que la présidence française de 2000 (57 millions d'euros, mais l'UE ne comptait alors que 15 membres), près de deux fois plus également que la précédente présidence slovène (80 millions d'euros) et à peine moins que la présidence allemande en 2007 (180 millions d'euros).

Surtout, la Cour des comptes met en exergue un nombre de « manifestations décidées à l'initiative de la présidence » supérieur aux « manifestations obligatoires ou traditionnelles », que les Etats à la tête de l'UE se doivent d'organiser. Et pointe « un coût parfois élevé » et un caractère « parfois dérogatoire, voire irrégulier, des procédures suivies ».

 

La suite de cet article effarant sur le site de Rue 89 :

http://www.rue89.com/2009/10/25/nicolas-sarkozy-tres-tres-cher-president-de-lue-123281

23.10.2009

Cessons de nous ruiner pour sauver les riches

Bob Herbert, éditorialiste du New York Times, s’insurge devant le scandale de l’insolente richesse retrouvée par ceux qui n’ont dû leur survie qu’au prix d’un sauvetage qui a ruiné l’Etat, alors même que la grande majorité de ses concitoyens lutte pour parvenir à joindre les deux bouts ou à conserver un toit. « Nous ne pouvons pas continuer à transférer la richesse de la nation à ceux qui sont au sommet de la pyramide économique - ce que nous avons fait depuis environ trente ans - tout en espérant qu’un jour, peut-être, les avantages de ce transfert se manifesteront sous la forme d’emplois stables et d’une amélioration des conditions de vie de millions de familles qui luttent pour y arriver chaque jour, » s’exclame-t-il, avant de conclure qu’aujourd’hui, il faudrait être « fou » pour continuer à croire à ce « conte de fée. »

Les grands titres qui faisaient la première page du New York Times ce samedi résumaient sans le vouloir la situation terrible dans laquelle nous avons permis que notre pays s’enfonce.

A droite, le titre de Une annonçait : « Les déficits US s’élèvent à 1 400 milliards de dollars - les plus importante depuis 1945. »

Celui situé à proximité disait : « Le renflouement permet la renaissance des banques et des bonus »

Nous avons passé ces dernières décennies à couvrir les riches d’argent, comme s’il n’y avait pas de lendemain. Nous avons abandonné les pauvres, étranglé économiquement la classe moyenne et mis en faillite le gouvernement fédéral - tout en donnant à peu près tout ce qu’ils voulaient aux banques, aux méga-entreprises et à ceux qui sont au sommet de la pyramide économique.

Mais nous ne semblons toujours pas en avoir tiré les leçons qui s’imposent. Nous avons laissé tant de gens tomber dans le terrible abîme du chômage, que personne - ni l’administration Obama, ni les syndicats, ni certainement quiconque au Parti républicain - n’a la moindre idée sur la façon de leur redonner du travail.

Pendant ce temps, Wall Street tutoie les sommets. Je suis étonné de voir à quel point la population reste passive face à ce scandale qui perdure.

Au moment même où des dizaines de millions de travailleurs Américains se battent pour garder leur emploi et conserver un toit sur la tête de leurs familles, les petits malins de Wall Street se lèchent les babines avec un nouveau festin obscène de plusieurs milliards de dollars de bonus - cette fois-ci grâce aux milliards du plan de sauvetage fournis par l’Oncle Sam, en contrepartie de bien peu de contraintes.

Peu importe que l’économie éprouve toujours de graves difficultés. Comme le Times le notait samedi, pratiquement tout Wall Street « imprime de la monnaie. »

C’est une forme de magie noire qui a un air de déjà vu. J’avais écrit un article, trois jours avant Noël 2007, qui mettait l’accent sur la déconnexion profondément dérangeante entre Wall Street qui récoltait un niveau record de primes - entassant milliards sur milliards de dollars - alors que les familles de salariés arrivaient difficilement à joindre les deux bouts.

Nous apprendrions plus tard que c’est en décembre 2007 que cette grande récession avait commencé. J’avais écrit que « alors même que Wall Street se réjouit et passe des commandes record de champagne et de caviar, le rêve américain est en salle de soins intensifs. »

Nous avons donc assisté à une orgie de bonus lorsque la récession s’installait, suivie aujourd’hui par une nouvelle orgie (aux frais des contribuables) qui n’est ni plus ni moins qu’une arrogante provocation en direction de tous ceux qui ont souffert, et continuent de souffrir durant cette récession.

Que P.T. Barnum [] l’ait réellement dit ou non, il y a bien un pigeon qui nait à chaque minute. Les contribuables américains pourraient vouloir se regarder dans le miroir, pour vérifier si ce nom d’oiseau leur convient ...

Nous devons procéder à quelques changements fondamentaux dans la façon dont vont les choses dans ce pays. Les joueurs et les escrocs du secteur financier, ces mêmes clowns qui ont tant fait pour mettre l’économie à genoux, poussent des hauts-cris sur leur bon droit lorsqu’on évoque la perspective de règlements visant à lutter contre les pires aspects de leur comportement excessivement risqué, afin de les empêcher de provoquer une nouvelle crise économique.

Nous devrions aller encore plus loin. Nous avons institutionnalisé l’idée selon laquelle il existerait des entreprises qui sont trop grandes pour être laissées faillir et que par conséquent, « nous, le peuple » serions tenus de veiller à ce que cela n’arrive pas - même si cela entraîne la ruine des finances de l’Etat et met en péril le niveau de vie des gens ordinaires. Quel sens tout cela a-t-il ?

Si une société est trop grosse pour faire faillite, alors c’est qu’elle est trop grosse pour exister. Démantelons-la.

Pourquoi l’opinion publique devrait-elle se soucier constamment qu’un faux pas des équilibristes de haut vol de Goldman Sachs (pour prendre l’exemple le plus évident) puisse mettre en péril l’économie toute entière ? Ces acrobates financiers retirent des avantages extraordinaires de leur extravagantes prises de risque - des chèques de paie de plusieurs millions de dollars, des maisons grandes comme des châteaux - mais le public doit être là pour absorber les chocs les plus douloureux lorsqu’ils font une terrible chute.

Assez ! Goldman Sachs s’enrichit alors que le pourcentage total du chômage et du sous-emploi atteint le chiffre stupéfiant de 20%. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007 - les deux tiers ! - sont allés aux 1% des Américains les plus riches.

Nous ne pouvons pas continuer à transférer la richesse de la nation à ceux qui sont au sommet de la pyramide économique - ce que nous avons fait depuis environ trente ans - tout en espérant qu’un jour, peut-être, les avantages de ce transfert se manifesteront sous la forme d’emplois stables et d’une amélioration des conditions de vie de millions de familles qui luttent pour y arriver chaque jour.

Cet argent n’atteindra jamais le bas de la pyramide. C’est un conte de fées. Nous sommes fous de continuer à y croire.

Bob Herbert, New York Times, 19 octobre 2009

16.10.2009

"Sarkozy, c'est le népotisme nouveau riche"

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, auteurs, entre autres, des "Ghettos du gotha" (Seuil, 2007), passent au crible de leur regard de sociologues les codes sociaux de la grande bourgeoisie. Bons connaisseurs de l'Ouest parisien, ils analysent la polémique née de la candidature de Jean Sarkozy à la présidence de l'Etablissement public d'aménagement de La Défense (EPAD).

Jean Sarkozy, fils du président de la République, est propulsé candidat de la présidence de l'EPAD. Ce type de cooptation est-il représentatif des pratiques de la grande bourgeoisie de l'Ouest parisien ?

Monique Pinçon-Charlot : Nicolas Sarkozy est un homme politique qui représente la classe dominante avec ses liens, ses réseaux, ses cercles et ses clubs. Toutefois, il marque une différence avec ce milieu : avec lui , son appartenance se voit. Il vend la mèche, il donne à voir comment cette classe sociale fonctionne.

Pierre Bourdieu a théorisé que pour que le pouvoir puisse fonctionner, il devait être méconnu. Les classes dominées ne doivent pas connaître les mécanismes du pouvoir. Avec Nicolas Sarkozy, nous sommes dans un mode de fonctionnement original. Dès la nuit du Fouquet's, au soir de son élection, il choisit ses invités et envoie ce message : désormais le monde des affaires sera au cœur du système politique français. Nous sommes face à un népotisme de nouveau riche.

Nicolas Sarkozy joue-t-il volontairement avec les codes sociaux de la grande bourgeoisie ?

Michel Pinçon : Nicolas Sarkozy a vécu à Neuilly sur Seine, dans les Hauts-de-Seine. Il en a été maire pendant près de 20 ans. Il connaît donc parfaitement les codes de cette société. Néanmoins, durant la première période de son quinquennat, c'est l'argent que Nicolas Sarkozy a mis en avant. On lui a conseillé de faire machine arrière sur ce point et il l'a fait.

Dans le cas de son fils Jean, il brûle les étapes dans son ambition de créer une lignée. D'autres avant lui, dans le milieu politique, ont construit une dynastie comme les Debré ou les Poniatowski. Mais là, il veut aller trop vite. Encore une fois, il se comporte en nouveau riche. Il n'a pas la bienséance d'attendre que les choses soient mûres.

Monique Pinçon-Charlot : L'ascension du fils à marche forcée ne respecte pas le temps de la légitimation, de la légitimité, de l'installation de l'individu dans le champ politique. Lorsque Jean Sarkozy dit qu'il a été élu, c'est vrai ! Mais il n'avait pas vraiment de concurrent à ce poste et les élections étaient gagnées d'avance. Cela ne le rend pas plus crédible.

Michel Pinçon : Dans cette bizarrerie, car c'est une bizarrerie d'avoir un garçon âgé de 23 ans à la tête d'un établissement aussi important, Nicolas Sarkozy marque sa différence avec ceux qu'il sert. Les grands patrons initient leurs enfants au monde des affaires, via les meilleures écoles, des stages dans les filiales du groupe familial. Les héritiers ne sont pas lâchés comme ça dans un milieu aussi complexe. Ce qui se passe pour la présidence de l'EPAD est ahurissant.

L'affichage, le manque de précaution marquent-ils la différence entre les Sarkozy et la grande bourgeoisie traditionnelle ?

Michel Pinçon : Les propos tenus cette semaine par Nicolas Sarkozy à l'occasion de la réforme du lycée sont emblématique de son fonctionnement. Il a dit : "Ce qui compte en France pour réussir, ce n'est plus d'être bien né, c'est de travailler dur et d'avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur". Il suit alors une stratégie de communication qui l'amène a prononcer les mots que les Français veulent entendre : mérite, diplôme, travail... Le même jour, il illustre exactement l'inverse en voulant que son fils prenne la tête de l'EPAD , un népotisme mis en évidence sans complexe.

Monique Pinçon-Charlot : Il nous reste à voir si lors des prochains rendez-vous électoraux, le "vieil argent", avec ses codes et ses valeurs, sanctionnera l'attitude de Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, je suis d'avis qu'il ne sanctionnera pas.

Le Monde, 15/10/2009, Propos recueillis par Eric Nunès

10.10.2009

Dé-dollarisation du pétrole : un bouleversement financier aux conséquences géopolitiques considérables

Malgré les démentis, la perspective d’un abandon du dollar dans les marchés pétroliers du Golfe revêt une importance considérable, estime Robert Fisk. Elle traduit non seulement le ressentiment croissant de la région à l’égard de la superpuissance américaine déclinante, mais aussi la prise en compte par les pétro-Etats du nouveau rapport de force naissant, où la Chine jouera un rôle de premier plan.

Le plan de dé-dollarisation du marché pétrolier discuté en public et en secret pendant au moins deux ans et largement démenti hier par les suspects habituels - en tête desquels l’Arabie saoudite comme on pouvait s’y attendre - reflète le ressentiment croissant au Moyen-Orient, en Europe et en Chine envers des décennies de domination politique et économique américaine.

Nulle part ailleurs au monde, cette décision ne revêt une importance symbolique plus grande qu’au Moyen-Orient, où les Émirats Arabes Unis détiennent à eux seuls 900 milliards de dollars en réserve de devises et où l’Arabie saoudite a discrètement coordonné avec les Russes sa défense, ses armements et ses politiques pétrolières depuis 2007.

Cela n’indique pas le début d’une guerre commerciale avec les USA - pas encore - mais les régimes arabes du Golfe sont de plus en plus rétifs vis-à-vis de leur dépendance économique et politique à Washington depuis de nombreuses années. Sur les 7 200 milliards de dollars de réserves internationales, 2 100 milliards sont détenus par les pays arabes, et environ 2 300 milliards par la Chine. Les nations intéressées à l’abandon du dollar dans le commerce pétrolier sont présumées détenir plus de 80% des réserves internationales en dollars.

Les démentis de l’Arabie saoudite ont été considérés par les banquiers arabes comme relevant des us et coutumes politiques du Golfe. Les Saoudiens avaient persisté à nier que l’Irak ait envahi le Koweït en 1990 - alors même que les légions de Saddam Hussein se tenaient à la frontière saoudienne, jusqu’à ce que les États-Unis diffusent dans le monde entier l’information de l’agression irakienne.

Les banquiers saoudiens sont bien conscients que d’ici à neuf ans - le délai de transition prévu pour l’abandon du dollar dans le commerce du pétrole au profit des devises japonaise et chinoise, de l’euro, l’or et d’une éventuelle nouvelle monnaie du Golfe - La Chine aura doublé son PIB, pour atteindre les 10 000 milliards de dollars (en supposant un taux de croissance de 7%), et que les États-Unis pourraient alors ne plus peser que 20% du PIB mondial.

Des changements aussi radicaux dans l’économie et la finance, encouragés par la dé-dollarisation du pétrole, auront d’énormes répercussions politiques au Moyen-Orient, en particulier si la rivalité des superpuissances économiques américaine et chinoise en vient devient prédominante pour le monde arabe. Le soutien économique apporté à Israël par les USA sera-t-il encore aussi loyal dans neuf ans si la Chine et les pays Arabes sont devenus les forces motrices dans les marchés financiers mondiaux ? De fait - ayant peut-être cela en tête - certains financiers israéliens ont témoigné au cours des deux dernières années leur intérêt pour des investissements non libellés en dollars dans des banques arabes. Chaque fois qu’un changement de cette ampleur se déroule sur plusieurs années, il doit être amorcé en secret.

On ne peut nier que ce projet de négoce pétrolier hors du dollar ait de profonds motifs politiques. L’effondrement de l’Union soviétique a permis aux États-Unis de dominer le Moyen-Orient, plus que toute autre région du monde, et les Arabes - qui ne peuvent plus envisager un boycott pétrolier du type de celui qu’ils imposèrent à l’occident après la guerre de 1973 au Moyen-Orient - sont toujours désireux de prouver qu’ils peuvent utiliser leur pouvoir économique pour impulser des changements.

L’offre faite par l’Arabie Saoudite et la Ligue Arabe de reconnaître Israël et son besoin de sécurité en échange d’un retrait israélien des territoires arabes occupés n’a pas - d’après les Saoudiens eux-mêmes - une durée de validité indéterminée. Si elle est ignorée ou repoussée, ils peuvent alors rechercher d’autres alliés, par le biais de nouvelles institutions financières, pour imposer la naissance d’un nouveau Moyen-Orient. La Chine sera heureuse de les y aider.

Robert Fisk, The Independent, 7 octobre 2009

Ça s'arrange…

 

poste01-2.jpgMessage reçu (le 16 septembre) par un ami d'Attac de Poitiers : sans commentaires !

J'ai bien reçu votre message et vous en remercie.

Votre colis est parti le 8 Septembre.

La distribution sur votre département se fait par distributeur privé et non plus par la poste, ce qui demande un délai d'acheminement plus long.

Je contacte le distributeur pour savoir où est votre colis.


 

07.10.2009

Nicolas Hulot et l'oligarchie

Le film de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, Le Syndrome du Titanic, sur les écrans le 7 octobre, dérangera. Ce documentaire écologiste ne montre presque pas de nature : rompant avec l'esthétique de carte postale habituelle en la matière, il se confronte à la dure réalité de la misère et de l'injustice. Il tente de dire, malaisément, que la dégradation vertigineuse de la biosphère est le résultat d'un ordre social devenu fou, et qui fait porter le poids de ses conséquences sur les faibles, les pauvres, les exploités.
Il répète que la clé de sortie de cette logique destructrice est dans la baisse de la consommation matérielle dans les pays riches. Gageons que ce discours, plus âpre que celui sur les "petits gestes pour la planète", recueillera un accueil mélangé. Et si Nicolas Hulot allait commencer à déranger ?
La force du personnage est de rester populaire en allant à la pointe de ce que la société française - ou plus exactement le système médiatique qui donne accès à celle-ci - accepte d'entendre à un moment donné.
Depuis une dizaine d'années, il a ainsi fortifié et peu à peu durci son discours : alarmant d'abord sur l'ampleur du désastre écologique, il a ensuite cherché à impliquer les citoyens, puis a porté la question sur le terrain politique. Il arrive maintenant à montrer que l'écologie est d'abord un enjeu social, et critique - mais en termes encore très généraux - le "libéralisme".
Dans le commentaire habillant les images, il dit : "Je suis perdu." Perdu ? Ah ? Je lui téléphone pour comprendre. Il répond : "Je suis perdu parce que je ne comprends pas qu'il faille autant d'énergie pour placer des évidences auprès de nos élites. Des gens qui ont une intelligence parfois fulgurante ont des angles morts, c'est-à-dire qu'ils n'arrivent pas à comprendre que leur modèle économique ne tiendra pas."

C'est le problème de Nicolas Hulot, et donc notre problème : il croit que l'action politique est aujourd'hui inspirée par la recherche du bien commun. Mais il oublie la force des intérêts : l'intérêt individuel et l'intérêt de classe. Ce qu'Hulot appelle les élites, c'est aujourd'hui une oligarchie. Elle ne veut pas entendre l'évidence de la crise écologique et de la désagrégation sociale, parce que le but principal de l'oligarchie est de maintenir ses intérêts et ses privilèges. Elle ne s'intéresse au bien commun que pour autant que cela ne remet pas en cause sa position.
Quand on est gentil, il est difficile d'assimiler le fait que les autres ne sont pas tous gentils. Nicolas Hulot est au bord de le faire, et surtout d'en tirer les conséquences. Soit : ne plus parler vaguement du "libéralisme", mais porter le couteau dans la chair des égoïsmes de classe. Il peut le faire. Mais il sait qu'alors, tout soudain, nombre de médias et de puissances plus discrètes lui trouveraient beaucoup de défauts.
Le Monde, 03 octobre 2009 - Chronique par Hervé Kempf

 

06.10.2009

EDF-Veolia : plus belle la vie avec Henri Proglio !

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Le feuilleton outrancièrement médiatisé de la nomination par le gouvernement français de M. Henri Proglio, actuel PDG de Veolia, fleuron du CAC 40 et premier groupe mondial des services à l’environnement, à la tête d’EDF, symbole du service public à la française, illustre jusqu’à la caricature la faillite de l’appareil médiatique. Ayant définitivement mué en instrument de propagande, il occulte les véritables enjeux d’un coup de force sans précédent dans l’histoire singulière du « capitalisme à la française », dont cette opération signe la mutation radicale. Au confluent de la « verticale du pouvoir » poutinienne et de la berlusconisation accélérée du débat public, l’avènement du lointain descendant hexagonal des « robber barons » (*), à la tête d’un empire qui va regrouper 500 000 salariés, évoque aussi l’un de ces « crépuscules de la raison qui engendrent des monstres. »

La suite de cet article fort bien construit sur le site : http://blog.mondediplo.net/2009-10-06-EDF-Veolia-plus-belle-la-vie-avec-Henri-Proglio

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