31.05.2009

Arles : Université citoyenne d’Attac France

 

rubon1.jpgDu 21 au 25 août


La crise financière et ses conséquences sociales, notamment en termes d’emploi, montrent l’impasse et les dangers de la finance dérégulée et du néolibéralisme. Alors que nos dirigeants, le G20 en tête, parlent de refonder le système, la période actuelle fournit une opportunité de proposer de véritables alternatives. Bâtir une société plus juste, plus démocratique, plus solidaire et plus respectueuse de l’environnement.

Dans un tel projet, que faire du capitalisme ? C’est la question centrale qu’Attac vous invite à débattre lors de sa dixième université d’été qui se tiendra au Palais des congrès d’Arles du 21 au 25 août.

Informations pratiques : http://www.france.attac.org/spip.php?article2751

pré-programme : http://www.france.attac.org/spip.php?article10003

Vous pouvez vous inscrire dès maintenant : http://www.france.attac.org/spip.php?article8584

En renvoyant le bulletin et votre règlement à : Attac, Université citoyenne 2009 66-72, rue Marceau 93100 Montreuil-sous-Bois

Attac France, Montreuil, le 28 mai 2009

 

Quelle Europe voulons-nous ?

rubon1.jpgÀ une semaine de l’élection du Parlement européen, voici quelques sujets glanés dans l’actualité ces jours derniers, susceptibles de contribuer à la clarification des choix politiques. Dans Le Monde du 30 mai 2009, un point de vue tiré de l’Agence économique et financière, signé Ian Campbell, est titré « L’exclusion de certains membres de la zone euro s’impose ». Diantre, voilà qui est dit, sans détour. Et pourquoi ? Parce que la meilleure solution pour sortir de la crise et retrouver la compétitivité affaiblie par la surévalutaion de l’euro serait de « réduire le coût du travail », mais « il n’est jamais facile de faire accepter des baisses de salaire » (ouf !).

Donc, pour éviter que la zone euro souffre « terriblement », les pays comme l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, et « certains membres de moindre importance » doivent en être exclus. À titre d’exemple, « la dette de l’Italie est supérieure à la valeur de son PIB », sentence rédhibitoire ! Sauf que comparer ainsi le stock de la dette au flux annuel du PIB n’a aucun sens.

En tout cas, c’est ne pas y aller de main morte. C’est pousser la logique d’une Union européenne où seuls les forts doivent vivre. Et cela ne relève-t-il pas de la même démarche que celle de la tentation protectionniste des pays les plus riches de l’Union vis-à-vis des plus pauvres ? Le débat est donc nécessaire avec ceux qui prônent : « Seul, un retour au protectionnisme peut permettre d’inverser ce mouvement. Il faut tendre à le faire en commun avec des pays qui ont le même niveau de productivité. De ce point de vue, il y a une logique à chercher des protections communes avec les pays du noyau originel de l’Europe. » (Jacques Sapir, « Vous avez la parole… Mais à la condition de dire ce que nous avons envie d’entendre… », 18 mai 2009).

Dans le contexte actuel de la crise globale, une controverse oppose les partisans du libre-échange des marchandises à ceux du protectionnisme. Les libéraux s’obstinent à dire que le protectionnisme a été la cause du désastre des années 1930, alors qu’il en a été la conséquence, et ils continuent d’ignorer que la plupart des décollages économiques se sont réalisés à l’abri de la concurrence étrangère. Les protectionnistes, quant à eux, opèrent aujourd’hui un retournement de l’histoire du capitalisme néolibéral en imputant l’appauvrissement relatif des travailleurs des pays riches à l’émergence des pays asiatiques ou bien à l’entrée dans l’Union européenne des pays de l’Est. Or, le capitalisme est sorti de sa crise de rentabilité des années 1960-1970 en brisant le parallélisme salaires/productivité et en favorisant la montée du chômage de masse bien avant que n’entrent en scène les pays émergents. La profondeur de la crise actuelle renvoie à ces contradictions sociales dont la finance croyait faire son miel.

La thèse néo-protectionniste est basée sur l’idée que, parce que certains pays à bas salaires ont réussi, souvent par le biais de multinationales qui en profitent, à s’immiscer sur le marché mondial, voire à y occuper une place prépondérante, comme la Chine, ils seraient la cause principale des délocalisations et du chômage persistant dans les vieux pays industriels. Pour le dire trivialement, les pays à bas salaires « prendraient nos emplois ». Il est vrai que la plus grande partie des produits textiles, appareils ménagers et informatiques, bientôt des automobiles et même certains services consommés en Occident, proviennent des pays émergents. Mais cette vision des choses est partiale. Lorsque nous exportons 100 euros d’Airbus contre 100 euros d’écrans plats, la quantité de travail contenue n’est pas la même dans chacun de ces produits. Les pays riches échangent peu de travail contre beaucoup de travail venant des pays pauvres, la différence de qualification et de productivité étant loin d’expliquer la différence de salaire.

Autrement dit, à commerce extérieur équilibré, plus les pays du Nord « perdent des emplois » (dans le sens où, s’ils avaient fabriqué les produits qu’ils importent au lieu de ceux qu’ils exportent, le nombre d’emplois serait plus élevé), plus leurs termes de l’échange s’améliorent, c’est-à-dire plus l’échange devient inégal à leur avantage. Les pays exportateurs du Sud, et a fortiori leurs travailleurs surexploités, ne sont pas responsables de la façon dont les pays de l’OCDE organisent délibérément, compte tenu de la productivité résultant des techniques utilisées, la répartition du volume d’emploi de telle sorte qu’il y ait parmi eux des dizaines de millions de chômeurs et qu’on en tire prétexte pour baisser les salaires les plus faibles ou flexibiliser davantage le « marché du travail ».

En 1969, à la fin de l’ère coloniale où montait le tiers-mondisme, l’économiste Arghiri Emmanuel avait décortiqué le mécanisme de l’échange inégal. Certes, il s’était trompé en pensant que jamais aucun pays du tiers-monde ne réussirait à s’extraire de la spécialisation en produits primaires et donc du sous-développement. Mais sa thèse principale était exacte : la circulation des capitaux entraîne la fixation de prix mondiaux qui traduisent une inégalité des quantités de travail échangées, au détriment des pays à bas salaires.

Dès lors, comment dépasser le dilemme libre-échange/protectionnisme ? En freinant la circulation des capitaux et en stoppant les politiques néolibérales qui sont les véritables responsables de la situation de l’emploi en Europe. En particulier, la réduction du temps de travail pour répartir les emplois disponibles est cruciale. Pour des raisons internes à nos pays croulant sous le chômage et la précarité. Et pour des raisons de solidarité internationale : moduler le temps de travail en réduisant les inégalités internes de revenus permet d’éviter le recours à des solutions unilatérales et de sombrer dans un nationalisme économique. Il faut protéger nos systèmes sociaux, mais par des accords de coopération, car le protectionnisme risque de rester prisonnier du même modèle que le libre-échange : la concurrence.

par Jean-Marie Harribey, le 30 mai 2009

29.05.2009

Taxer les transactions financiers…

rubon1.jpg… oui, mais sérieusement !


Depuis plus de trente ans, l’idée de taxer les transactions financières était présente et Attac l’a portée pendant une décennie, mais il aura fallu attendre la crise que nous connaissons pour qu'enfin les gouvernements commencent à l’évoquer. Dans le désordre et l'instabilité sans nom des marchés financiers, cette taxation, connue sous le nom de "Taxe Tobin", cette taxation est une nécessité : parce qu’elle serait une affirmation du politique sur la sphère financière qui n'a eu de cesse de s'émanciper des choix collectifs et de subordonner l’économie productive ; parce que les marchés financiers sont régis par les comportements moutonniers, irrationnels et de courte vue d'opérateurs mus par l'intérêt exclusif du profit spéculatif immédiat ; et enfin parce qu'elle permettrait de dégager des ressources qui manquent cruellement aux populations les plus démunies.

Evidemment, les propositions faites par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et par le secrétaire d'État à la Coopération, Alain Joyandet, aussitôt désavoués par la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, sont insuffisantes : il ne sera pas suffisant que cette taxe soit établie sur "une base volontaire", car aucune taxe ne l'est jamais ; il ne sera pas suffisant de ne prévoir qu'une taxation rapportant au mieux "entre 30 et 60 milliards" de dollars lorsqu'il serait aisé d'en collecter beaucoup plus. Surtout, une taxe ne sera crédible que si les moyens de la contourner sont éradiqués : ainsi, il est indispensable de supprimer les paradis fiscaux, véritables trous noirs de la finance mondiale, par lesquels transite désormais la moitié des sommes échangées dans le monde. Or, les décisions récentes du G20 ne permettent pas l'optimisme, tant il apparaît qu'elles visent à éviter de s’y attaquer véritablement, puisque l'établissement même d'une « liste noire » n'est pas faite sérieusement, et qu'aucune mesure coercitive n’est envisagée.

ATTAC propose plus largement la mise en place d'un système de taxes globales qui ne se limiteraient pas à la seule taxation des mouvements financiers (mais aussi de la consommation d’énergie, des transports, des déchets et bien sûr des profits des multinationales), afin de dégager les ressources pour financer les biens publics mondiaux. Dans son rapport remis à la veille du dernier G20, Attac chiffre à 1500 milliards de dollars les ressources ainsi mobilisables chaque année par l'instauration de ces nouvelles taxes.
Il serait plus que souhaitable que les gouvernements n'attendent pas que le monde s'enfonce davantage dans la crise globale pour prendre la mesure de la nécessité d’agir.
 
Pour en savoir plus : Le rapport d'Attac publié à l'occasion du dernier G20 : «De la fin des paradis fiscaux aux taxes globales», http://www.france.attac.org/spip.php?article9738.
Le livre d’Attac, Sortir de la crise globale, Vers un monde solidaire et écologique, La Découverte, 2009. 

http://www.france.attac.org/spip.php?article10026


Attac France, Montreuil, le 29 mai 2009

28.05.2009

Les médias et la crise

Débat à Paris : « Les médias et la crise », avec Frédéric Lordon le 5 février (dans le cadre "des jeudis d'Acrimed")

Après des décennies d’éloge de la « mondialisation heureuse » (Alain Minc), la crise économique et sociale invite à mettre à l’épreuve les discours et pratiques des journalistes spécialisés, des éditorialistes omni-compétents et de leurs « répétiteurs experts » qui, de concert, ont soutenu la mondialisation libérale.

Frédéric Lordon est économiste, auteur de Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, (Raisons d’agir, 2008) 

Vient de sortir : La crise de trop. Reconstruction d’un monde failli, Fayard, mai 2009.

Sur le site d'Acrimed (http://www.acrimed.org/article3075.html) vous trouverez la vidéo de cette soirée. Nous essaierons de faire venir F. Lordon lors d'une prochaine soirée-débat.

 

27.05.2009

Climat, les pays riches au pied du mur !

Attac.gifParis, le 27 mai 2009 – La réunion de deux jours des 16 pays les plus gros émetteurs de CO2 regroupés dans le Forum des Économies Majeures s’est achevée hier à Paris. Attac et les Amis de la Terre regrettent que la timidité tant sur les questions financières que sur les objectifs de réduction des gaz à effets de serre, ainsi que la non remise en cause du marché des émissions, annulent toute lutte réelle contre les changements climatiques.
 
Les plus gros pays émetteurs de CO2 regroupés dans le Forum des Économies Majeures (FEM) se sont rencontrés à Paris les 25 et 26 mai 2009 en vue de préparer le sommet des Nations Unies à Copenhague, qui doit aboutir à un accord remplaçant le protocole de Kyoto après 2012. Le FEM regroupe seize pays, les pays du G8, les grands pays émergents – Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Mexique – ainsi que la Corée du Sud, l’Australie et l’Indonésie. A eux seuls, ils sont actuellement responsables de 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

AdT.gifLors de cette deuxième réunion, les États-Unis auraient porté leur engagement à une réduction de 6 % en 2020 par rapport à 1990. Or rappelle Sébastien Godinot des Amis de la Terre - France, « pour avoir 50 % de chances seulement de rester en deçà d’une élévation de 2°C de la température mondiale, et selon le GIEC et les récents résultats scientifiques, l’objectif doit être au minimum de réduire de 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effets de serre dans les pays riches d’ici 2020 ». L’UE elle-même en reste à un objectif de réduction de 20 % ou 30 % si un accord international a lieu. « Cet objectif, poursuit Sébastien Godinot, doit être domestique, c’est à dire atteint « à domicile », sans avoir recours à des réductions d’émissions faites à l’étranger qui dédouanent les pays riches de leurs responsabilités et sont de plus difficilement contrôlables. »

Tenues à huit-clos, les réunions du FEM font l’objet de négociations d’engagements de réductions hors de tout cadre démocratique. Or, « la reconnaissance des « contributions historiques »c’est à dire de la dette écologique des pays du Nord vis à vis des pays du Sud, suppose des politiques différenciées qui ne peuvent être négociées que dans le cadre des Nations Unies », rappelle Geneviève Azam d’Attac - France. Et de poursuivre, « cela suppose également des transferts financiers et technologiques très importants que les firmes transnationales, détentrices des brevets, tentent de freiner pour ne pas voir éroder leur position dominante sur le marché des nouvelles technologies environnementales. »

La proposition du Mexique d’« un fonds mondial vert » alimenté par des contributions versées par tous les pays du monde – sauf les plus pauvres – et calculées selon les émissions historiques de GES, les émissions actuelles et le PIB, aurait été acceptée. Des engagements conséquents sont nécessaires : en avril 2009, les pays africains faisaient savoir que ce fonds devait atteindre 267 milliards de dollars par an. Pour les Amis de la Terre et Attac, ce fonds qui vise à financer l’atténuation et l’adaptation dans les pays du Sud devra s’appuyer sur un financement public, obligatoire, régulier et géré dans le cadre de l’ONU. Ces questions de financement seront-elles mises à l’ordre du jour de la prochaine rencontre du FEM à Mexico les 22 et 23 juin ? Les Amis de la Terre et Attac le réclament. Sans décisions précises en ce domaine, tout objectif de réduction mondiale des émissions de GES sera vain et un accord à Copenhague risquerait d’être compromis.

25.05.2009

Soirée Europe d'Attac à Poitiers

rubon1.jpgInvitation

 

 Le groupe de Poitiers organise mardi 26 mai 2009  à 20 H précisesalle Jouhaud, Maison du Peuple de POITIERS une soirée publique non électorale
afin de faire connaître les 10 PROPOSITIONS établies par les Attac d’EuropeCes  propositions seront présentées et commentées par :  Thomas COUTROTEconomiste à la DARESdu conseil scientifique d’Attac
 
Les listes qui présentent des candidatures dans la région OUEST étaient invitées à faire connaître au comité local, avant le 21 mai leurs réponses aux quatre questions envoyées le 15 mai dernier.
A l'heure où ces lignes sont écrites, des représentants de 4 listes ont envoyé une intention de participer à la soirée. Il s'agit du Front de Gauche, (via le Parti de Gauche au niveau local) du NPA 86, du Parti Socialiste 86 et des Verts 86. Pas de nouvelles des autres mouvements se présentant aux élections européennes.
 Chacune disposera du même temps de parole pour exposer synthétiquement ses réponses à deux des questions posées tirées au sort publiquement. Une table d’information à leur disposition leur permettra de faire connaître par écrit, leurs réponses aux deux autres questions.

 

On ne baisse pas les bras !

Prochaine action du collectif sud-vienne : MONTMORILLON : VENDREDI 29 MAI à partir de 17H30
Rendez-vous devant la sous-préfecture, et toujours plus nombreux !!!
Merci de diffuser l'information et de continuer à mobiliser !
Collectif regroupant l'intersyndicale, des parents d'élèves, des enseignants, pour la Défense du service public,...)

18.05.2009

Un monde sans eau

Soirée débat autour du film « Un monde sans eau », (1H25) Documentaire autrichien de Udo Maurer,
au cinéma le Majestic de Neuville du Poitou

Vendredi 12 juin à 20h30
L’eau en question. A travers trois exemples emblématiques de la relation qui unit l'homme et l'eau au Bangladesh, au Kazakhstan et au Kenya, le réalisateur nous fait prendre conscience des divers problèmes liés à l'eau. Des inondations, au problème de l'assèchement de la mer d'Aral ou encore à la bataille journalière pour la recherche d'eau potable, le film montre les problèmes que doit surmonter l'homme pour s'adapter à son environnement.
Ce film sera suivi d’un débat animé par l’ACEVE - Tarif unique : 4,50 €

17.05.2009

Sortir de la crise globale…

logo_attac.gif… vers un monde écologique et solidaire 

 

Le 7 mai 2009 est sorti en librairie, édité par La Découverte, un livre d’Attac ayant pour titre "Sortir de la crise globale", vers un monde écologique et solidaire". 

Les soubresauts qui secouent l’économie mondiale depuis l’été 2007 ont remis en cause la vulgate économique dominante. Malgré tout, accrochés à leurs certitudes, la plupart des analystes n’y voient qu’une crise liée aux excès de la finance. Les remèdes généralement propo-sés sont une meilleure régulation des acteurs financiers et la poursuite des « réformes », notamment celles visant à flexibiliser le marché du travail afin d’améliorer la compétitivité de nos économies. 

Attac présente dans ce livre un diagnostic et des propositions radicalement différents. Bien plus qu’un dérèglement financier, cette crise est systémique et globale. Elle marque l’effondrement du capitalisme financier et l’échec des politiques néolibérales. Cette crise conforte les analyses développées par Attac sur les dangers de la mondialisation néolibérale : l’exacerbation de sa logique du profit pour une accumulation sans fin a conduit le capitalisme mondialisé à sacrifier les deux piliers dont il ne peut se passer : l’homme et la nature. 

Sortir de la crise globale.jpgAu-delà des seuls militants et sympathisants d’Attac, ce livre s’adresse à celles et ceux qui s’interrogent et se révoltent face à la crise. Il démonte ses différentes dimensions (financière, économique, sociale, écologique et politique). Il expose les préconisations d’Attac et du mouvement altermondialiste pour sortir de la crise globale, rompre avec l’ordre néolibéral, et construire un autre monde solidaire et écologique.

 

Le monde sans syntaxe de l’UMP…

Pour changer de l'économie, des marchés financiers et du reste, un article de Pierre Marcelle dans Libération du 15 mai, où il est question de syntaxe et des difficultés de l'UMP avec le "français correct". Un signe en quelque sorte…

Un délire

De Rachida Dati, oublions le peu d’appétence pour l’Europe qu’elle était censée venir vendre, ce mercredi-là, devant des «jeunes populaires», lors d’une réunion de plaisante mémoire. Oublions ses rires étouffés de fumeuse de moquette et son arrogante légèreté à l’endroit du pâle Barnier, tête de liste désignée. Mettons cela de côté pour ne considérer que le produit pur, si l’on ose dire, d’une incompétence tardivement rhabillée en « troisième degré », mais pas seulement. « L’Europe s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper avec les personnes qui peuvent porter ces affaires à s’occuper »,c’est, de quelque façon qu’on prétende la justifier, une bouillie qui ferait vomir mon chat.

Ce sabir encore en titre ministériel, coulé tel chaux vive dans les oreilles citoyennes, constitue en soi, indépendamment même de ce qu’il aspire à signifier, un attentat contre la démocratie. Il est le fourrier démagogique du populisme véritable. Il n’est pas un accident, mais le symptôme éclatant d’une façon de gouverner. Loin de «faire peuple», il proclame le mépris en lequel il tient la langue autant que l’opinion.

Ce mépris vient de haut. On savait la défiance qu’inspire au chef de l’Etat toute forme d’exigence spirituelle, et tout particulièrement en matière linguistique. De sa répulsion pour certaine Princesse de Clèves à la violence de ses « casse-toi, pauv’con ! » la parlure sarkozienne a suscité, entre autres avatars, le charabia datien, signe d’appartenance à une clique, un clan, une famille dont Nicolas Sarkozy est le parrain. Car, de même que les voyous ont fabriqué des argots, les courtisans et les séides élyséens s’identifient dans ce laisser-aller de leur expression publique - au point que celle d’un Bayrou passera bientôt pour le signe le plus tangible de son « opposition ». On prit la peine de le vérifier, tandis que, sur France 5, Serge Moati recevait fin avril Frédéric Lefebvre. En moins de trois minutes, l’homme rogue signa en trois énoncés (« le débat politique, il a besoin… », « d’puis qu’chuis élu… » et « on reste pas dans l’Hémicycle pendant qu’ça siège pas »), le décret d’exécution symbolique de la syntaxe.

A cet instant, on se souvint que Frédéric Lefebvre était le porte-parole de l’UMP.

Porte-parole, oui… Qu’on y songe.

Un programme

On y songeait d’autant plus en se remémorant la sentence prononcée la veille par l’écrivain Renaud Camus, invité sur France Culture de l’émission Question d’éthique :« Il me semble, disait-il,que nous allons vers un monde sans syntaxe. » Ce monde sans syntaxe et dont la cohérence du discours public ne serait plus le commun dénominateur social, on pourrait le regarder comme le produit d’une fatalité, disons, pédagogique. A moins que les mots hystérisés des Dati, des Sarkozy et des Lefebvre esquissent, plus ou moins empiriquement un programme fondé sur la confusion du sens plus encore que sur le mensonge délibéré.

De même que s’agite le corps du chef, s’emballe la langue de ses valets.

Ainsi agencé dans la négation de la syntaxe, le lexique lui-même se dilue dans la banalisation du contresens, dont le terme de « radicalisation » constitua le mois dernier, jusqu’au funèbre 1er-Mai, le spécimen le plus abouti. Est-ce la propagande ou la simple confusion qui la décréta, dans peu de « séquestrations » - bien douces, au demeurant… - de quelques cadres ?

A considérer le nombre somme toute assez étriqué de « retenues », à l’aune de la déferlante de licenciements, « radicalisation » ne convient guère. A fortiori si l’on considère que nulle de ces « prises d’otages » n’a explicitement visé à la suppression d’un plan social, mais seulement à son aménagement dans moins de suppressions de postes ou plus de primes de départ. La dernière en date, dans une librairie grande surface du Val-d’Oise, avait pour objet le droit à travailler le dimanche. Pas de quoi « impacter », comme disent les barbares néologisant, le moral du Medef… Et plus encore, si l’on prend en compte le ferme encadrement syndical ayant présidé aux « séquestrations », dont aucune, sur les sept ou huit recensées depuis la mi-mars jusqu’au funèbre 1er-Mai, ne se prolongea au-delà de trente-six heures. Et quoi qu’il se dise de l’influence volontiers fantasmée de « l’ultra-gauche »…

Chroniques tarnaciennes

A propos… On festoiera dimanche 17 mai en soutien à Julien Coupat et avec la compagnie Annibal, à l’épicerie de Tarnac, QG de la « cellule invisible » chère à Alliot-Marie. Tandis que le Courrier picard relatait les vingt-trois heures de garde à vue d’un citoyen victime d’un SMS rigolard où il était question de déraillement (Libération du 6 mai), le Canard enchaîné rapportait les cadences infernales des agents provocateurs de la ministre butée. Parmi ses entreprises d’intimidation, l’arrestation, le 28 avril, en pleine rue et pistolet sur la tempe, de Tessa Polak, photographe de 36 ans militant pour la libération de Coupat.

Après 48 heures de garde à vue (elle en fera 76), la jeune femme, nous dit le Monde, jure avoir entendu le juge d’instruction Thierry Fragnoli lui dire : « Ce n’est pas ma faute, mais vous allez payer pour les autres. »

 

Toutes les notes