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Economie - Page 5

  • Le parfum de la banque en noir…

    feuilles-mortes-du-capitalisme_couv.jpgJean-Marie Harribey (que l'on ne présente plus) publie ces jours-ci un nouveau livre : " Les feuilles mortes du capitalisme" (chroniques de fin de cycle). Le début du premier chapitre ci-dessous et la suite à retrouver sur le blog de J.M Harribey, hébergé par Alternatives Economiques : http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2013/12/21/le-parfum-de-la-banque-en-noir/#more-373 

     

    1. L’administration perdue dans le brouillard 

    Il était parti à la retraite l’esprit tranquille. Oh, il n’avait guère d’illusion sur la capacité de sa hiérarchie à transmettre en haut lieu les recommandations qui avaient conclu son rapport sur « le mystère de la chambre forte », sans qu’elles soient trop dénaturées, édulcorées ou même vidées de leur substance. L’époque était celle de l’irresponsabilité, de la veulerie, du délitement des valeurs, du règne de l’argent-roi, des entorses à la démocratie, voire de la corruption jusqu’au cœur des institutions de la République. Mais, après quelques mois passés à taquiner le poisson dans quelques gaves pyrénéens dont il connaissait les bons coins, un peu d’apaisement, sinon de confiance, s’était installé en lui. La patience et le silence intérieur auprès de l’eau dévalant la pente avaient toujours eu sur lui une influence propre à le rasséréner. Et, lorsque la truite fario préférait rester dans son trou plutôt que de mordre à l’hameçon en dédaignant indifféremment le ver ou la mouche[2], l’inspecteur HomoAttacus[3] – ce surnom  lui était resté, au point que, avec le temps, seuls lui-même et son administration sans doute se souvenaient de son vrai patronyme – savait goûter aux joies de la lecture. Avant de s’éloigner du tumulte parisien, son amie bibliothécaire lui avait conseillé quelques-uns de ses coups du cœur[4]propres à satisfaire sa curiosité dans ce domaine qui lui était longtemps resté fermé, l’économie, la banque et la finance, dont les mécanismes étaient souvent hermétiques au plus grand nombre. Il faut dire que finance et transparence ne rimaient guère ensemble, pas plus qu’économie ne signifiait économe.

  • Union bancaire européenne : une réforme qui passe à côté de l’essentie

    Logo Attac.jpgLes ministres européens des finances viennent de conclure un accord pour la mise en place de l’union bancaire, présentée comme une « relance de l’Europe » et un « saut décisif pour sauver l’euro ». Ce nouveau dispositif de régulation bancaire ne s’attaque pas aux causes de la crise de l’euro, il les aggrave. Il n’empêchera pas les crises bancaires futures car il ne remet pas en cause le fonctionnement actuel des banques, dominé par la spéculation.

    Chacun des trois piliers qui composent l’union bancaire soulève de gros problèmes.

    Le premier pilier institue la fonction de superviseur unique de la zone euro, confiée à la Banque centrale européenne (BCE). Mais en réalité, la BCE ne contrôlera directement que les 128 plus grandes banques sur les quelques 6000 banques de la zone euro. Pire encore : puisque les pays de l'UE hors zone euro ne reconnaissent pas l’autorité de la BCE, le Royaume-Uni, à la tête de la principale industrie financière européenne, échappera ainsi au superviseur européen.

    En second lieu, cette réforme aggrave le déni de démocratie en Europe. Le pouvoir de la BCE va être considérablement renforcé par ses nouvelles fonctions de superviseur. Or aucune décision n’a été prise pour réduire l’indépendance de la BCE et la rendre plus responsable devant les autorités élues, à commencer par le Parlement européen.

    Les piliers 2 et 3 prévoient respectivement la création d’un système européen de garantie des dépôts et un mécanisme commun de résolution des crises bancaires. Le but affiché par ces nouveaux dispositifs est double : renforcer la solidarité entre pays en cas de crise, et faire payer aux actionnaires, plutôt qu’aux contribuables, le coût des défaillances bancaires.

    Il est fort probable que ces beaux principes resteront lettre morte. En effet, les ressources financières prélevées sur les banques pour alimenter le fonds européen de résolution ne s’élèveront qu’à 60 milliards d’euros... en 2026. C'est ridiculement faible : la seule BNP Paribas représente un bilan de 2000 milliards d’euros. Par ailleurs l’Allemagne, qui refuse de payer pour les banques des pays du sud de l’Europe, a obtenu que les mécanismes de solidarité soient fortement réduits.

    Mais la principale limite de l’union bancaire est qu’elle ne s’attaque pas au modèle bancaire dominant en Europe, qui mélange les activités de banque de détail tournée vers les ménages et les PME, et les activités de banque d’investissement tournée vers les marchés et la spéculation. Or ce sont ces dernières activités qui sont à l’origine de la crise financière, et menacent l’investissement et l’emploi.

    La réforme de la régulation bancaire en Europe doit commencer par une remise en cause de la banque dite universelle, en introduisant une séparation radicale des activités de banque de détail et de banque d’investissement.    

    Attac France,

    Paris, le 20 décembre 2013

  • Le PLF 2014: un budget de résignation....par Sterdyniak et Légé (économistes atterrés)

    En pièce jointe, un document en PDF sur le projet de loi de finance (PLF) pour 2014. Deux économistes "atterrés" donnent leur verdict sur l'orientation du gouvernement en matière budgétaire.

    A lire donc avant les fêtes…

     

    Le PLF 2014 un budget de résignation.pdf

  • Agro-industrie bretonne : l'heure de vérité

    Le Monde.fr du 19.11.2013 Par Aurélie Trouvé (économiste et agronome, coprésidente du Conseil scientifique d'Attac)

    Ces derniers jours, le projet d'écotaxe a essuyé une pluie de critiques, pour beaucoup à juste titre. La gestion serait assurée par un grand conglomérat privé, Ecomouv, qui s'attribuerait près du quart des recettes de la taxe, engrangeant des profits excessivement élevés.

    Au final, 60% au mieux des recettes bénéficieraient aux modes de transports alternatifs à la route. Les autoroutes seront exemptées de la taxe et donc indirectement favorisées, de même que le transport aérien. Sans compter le manque de politiques pour accompagner le fameux " transfert modal " vers le transport ferroviaire et fluvial.

    Mais est-ce pour autant une raison de rejeter le principe de cette taxe ? Pénaliser les produits en fonction de leur distance, tout en reversant les recettes à des politiques de conversion du modèle de développement, pourrait être un moyen de relocalisation des activités et de transition écologique et sociale.

    Ce pourrait être une opportunité pour une région comme la Bretagne, dont une grande partie de l'agriculture et de l'industrie agroalimentaire, qui représente un tiers des emplois, se trouve dans une impasse économique.

    CHAMPIONNE DE LA PRODUCTION DE MASSE

    La Bretagne est la championne de la production agricole de masse. Mais elle dégage des marges réduites. Numéro un des productions animales, elle n'a mis en place aucune appellation d'origine protégée dans le secteur. Elle se retrouve prise dans l'engrenage d'un élevage industriel, de plus en plus coûteux en énergies fossiles et en alimentation animale concentrée, notamment du soja qu'elle importe d'Amérique via ses grands ports.

    Les agriculteurs vendent ensuite au rabais leurs porcs, leurs volailles, leur lait à des grandes industries agroalimentaires. Des industries qui jouent quant à elles sur des marchés de produits standards, de faible qualité, ne pouvant faire face à la concurrence internationale que par des prix et des coûts salariaux toujours plus faibles.

    Le spectre des opposants à l'écotaxe a de quoi semer la plus grande confusion. Quand Leclerc ferme en solidarité avec les agriculteurs et les industries agroalimentaires bretonnes, on oublie que la grande surface est la première à les saigner en pressurant les prix pour gonfler ses marges.

    Quand le grand patronat défile avec les salariés, on oublie que les marges des actionnaires ne font que grandir au détriment des salaires. Quand les bonnets rouges scandent avec la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) " Vivre, décider, travailler, en Bretagne ", on oublie que le modèle soutenu par le syndicat agricole majoritaire a fusillé l'emploi et dégradé le cadre de vie, remplissant de nitrates et d'algues vertes les nappes phréatiques et les plages bretonnes.

    Xavier Beulin, président de la FNSEA, déplore une écotaxe qui pénalisera les produits à faible valeur ajoutée et nous empêchera d'être aussi compétitifs que la Pologne ou l'Allemagne. La FNSEA a appelé à manifester à Quimper pour poursuivre un modèle insoutenable : produire toujours plus, toujours moins cher.

    L'AGROBUSINESS BRETON SE PREND LE MUR

    Tant et si bien que les abattoirs Gad, qui licencient en ce moment près de 900 salariés, embauchent des salariés des pays de l'Est à Josselin dans le Morbihan, par le biais d'agences d'intérim étrangères et d'un autre droit du travail, bien plus avantageux.

    Tant et si bien que leurs volailles congelées bas de gamme ne peuvent plus être exportées qu'à coup de dumping, de fortes subventions à l'export sur le dos du contribuable.

    Ces subventions sont aujourd'hui supprimées et la directive européenne sur les nitrates ne laisse pas d'autre choix que de réduire la production : faute d'avoir su ou pu négocier le virage, l'agrobusiness breton se prend le mur.

    Pensant profiter de l'augmentation de la production, il a même activement contribué à sa perte, en plaidant au sein de la FNSEA et dans diverses structures de lobbying une dérégulation des marchés et notamment la fin des quotas laitiers. Il a tellement bien réussi que la France a cessé de soutenir les quotas.

    Certes, il faut se garder de généraliser ce modèle à toute la Bretagne : d'autres entreprises agroalimentaires ont su diversifier leur production, miser sur la qualité et la valeur ajoutée. Certains éleveurs, comme ceux du Centre d'étude pour le développement d'une agriculture plus autonome (Cedapa), ont su montrer qu'on pouvait créer de l'emploi et réussir avec des prairies extensives et des pratiques bien plus respectueuses de l'environnement. Ils ont mis en avant les complémentarités entre cultures et élevages, disparues ces dernières dizaines d'années quand la Bretagne s'est ultra spécialisée dans l'élevage intensif.

    SOUTENIR LA RECONVERSION DE L'ÉLEVAGE

    Mais pour un tel changement de modèle de développement, encore faut-il des politiques qui l'accompagnent : un encadrement des marges de la grande transformation et de la grande distribution, l'arrêt des aides sans conditions aux industries et une redistribution vers des activités relocalisées, écologiques et sociales.

    Des politiques que les gouvernements successifs, y compris celui-ci, ne proposent pas. Ainsi en est-il de la redistribution des aides de la politique agricole commune, décidée ces semaines-ci, qui aurait pu encore bien davantage soutenir la reconversion de l'élevage au lieu de continuer à aider des céréaliers aux revenus indécents.

    L'écotaxe telle qu'elle est conçue, ajoutée à une politique fiscale injuste qui continue de pénaliser les classes moyennes et précaires, ne pouvait donc qu'attirer les foudres. Mais ce n'est surtout pas une raison pour jeter le bébé avec l'eau du bain et enterrer cette bonne idée.

    Aurélie Trouvé (économiste et agronome, coprésidente du Conseil scientifique d'Attac)

  • Changer l’Europe !

    Changer l'Europe !.jpgLes Économistes atterrés l’ont largement démontré : avec la mise en oeuvre du Pacte budgétaire et l’accentuation des politiques d’austérité, la construction européenne est sérieusement en danger.

    Ceci n’est pas une fatalité. Dans Changer l’Europe !, les «Atterrés» formulent un ensemble de propositions novatrices pour remettre l’Europe sur ses pieds. Ils développent et confrontent ainsi les multiples solutions qui s’offrent aux Européens dans des domaines aussi essentiels que l’emploi, la fiscalité, la transition écologique, la politique industrielle, le rôle des banques, l’égalité hommes-femmes, la réforme de la Banque centrale européenne, l’euro ou encore le fédéralisme…
    Dans tous ces domaines, des voies alternatives existent et il est urgent de les emprunter.
    À l’heure où se préparent les élections européennes, les «Atterrés» s’invitent ainsi dans le débat en mettant entre les mains des citoyens des propositions destinées à ouvrir de nouvelles perspectives au service de la démocratie et de la solidarité européennes.

    Depuis 2010, ce collectif d’économistes et de citoyens, auteur du fameux Manifeste d’économistes atterrés (édition LLL), se donne pour but d’impulser la réflexion collective et l’expression publique des économistes qui ne se résignent pas à la domination de l’orthodoxie néo-libérale. Réunissant plus de 2000 membres, ils forment aujourd’hui un courant vital à la réflexion économique qui s’oppose à la pensée unique et éclaire le débat public sur la nécessité d’autres politiques.