17.02.2010
Au delà de la Grèce : déficits, dettes et monnaie
Du chatoyant spectacle qu'offre la « crise grecque » il est probable que l'élément le plus pittoresque demeurera ce racisme réjoui et déboutonné qui conduit chaque jour spéculateurs et commentateurs, par là parfaitement unis, à nommer sans le moindre scrupule « PIGS » les États dont les finances publiques sont contestées sur les marchés financiers. Portugal, Ireland, Greece, Spain, les trois petits cochons sont maintenant quatre. C'est bien là le genre d'erreur de dénombrement qui en un instant trahit toute une vision du monde : ce sont les bronzés qui sont des porcs - et si l'Irlande a le mauvais goût de contredire le tableau d'ensemble, il suffit de lui substituer l'Italie, mal en point également, pour faire PIGS à nouveau en rétablissant l'homogénéité quasi-ethnique des abonnés à l'indolence méditerranéenne et à la mauvaise gestion réunies.
Erreur de dénombrement en effet, établie par The Economist qui, grand utilisateur de ce subtil humour de salle de marché, dresse pourtant un palmarès international de la déconfiture budgétaire qui le contredit lui-même puisqu'on y voit certes la cochonnaille proliférer, mais pas exactement où il croit. Le Portugal ne va pas bien, c'est entendu (8 % de PIB de déficit)... mais les États-Unis sont à 10,5 %. Heureusement voilà l'Espagne (11,5 %). Hélas doublée par l'Irlande (12 %). Arrive la Grèce, l'affaire doit être dans le sac (12,5 %), les basanés sont les rois. Malheur : c'est le Royaume-Uni qui décroche le pompon (14,5 %). Curieusement on n'a pas le souvenir d'avoir entendu les États-Unis ni le Royaume-Uni traités de porcs. Le Monde, parangon de distinction, s'amuse même de la « mauvaise Grèce » [] - n'est-ce pas tout à fait spirituel ? La nature humaine est une et partout la même rappelait Spinoza, et le racisme des élites ne le cède en rien à celui qu'il se plaît à dénoncer chez le peuple.
Faux et vrais débats autour de la « dette »
Il y a cependant des enseignements plus strictement économiques (et politiques) à tirer de la crise grecque qui n’aurait pas lieu complètement pour rien si, par delà les sauvetages d’urgence, elle permettait de poser à nouveaux frais la question du financement des déficits publics. Peut-être y aurait-il avantage à rappeler préalablement que le problème des dettes publiques n’a pas plus à être sur-estimé que sous-estimé. Par les temps qui courent, la légère asymétrie qui découle du matraquage sans précédent dont ces questions font l’objet rend le second risque très relatif… Contre l’empressement instrumental qui monte en épingle « la dette » (par défaut, et presque par définition, la « dette » est toujours publique…) pour mieux préparer un programme sans précédent de démantèlement de l’État [], on se doute que le rappel d’une ou deux données de fait ne pèsera pas grand-chose — au moins on aura essayé... Pendant des années, la dette publique belge a gravité autour des niveaux grecs actuels — elle a sensiblement baissé depuis son plus haut de 133,5 % en 1993 jusqu’à 84 % en 2007, avec une remontée sensible, comme tout le monde, du fait de la crise financière à 90 % en 2008. De même l’Italie, revenue de 120 % environ dans les années 1990 à 105 % en 2008, avec un 116 % prévu à fin 2010. Et bien sûr le Japon, insurpassable détenteur du record mondial avec 200 % (!) mais presque aussi systématiquement oublié quand il est question de comparaisons internationales de dettes publiques que les pays scandinaves quand il s’agit d’examiner les taux de prélèvements obligatoires…
La suite de ce long article sur le blog de Frédéric Lordon : http://blog.mondediplo.net/2010-02-17-Au-dela-de-la-Grece...
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14.02.2010
Réaction d'Attac Québec sur le "Buy American Act"
Entente sur le Buy American Act : ATTAC-Québec déplore que le Canada ouvre les contrats publics des provinces aux appétits des entreprises étrangères, dans le cadre de l'OMC, pour les dernières miettes du plan de relance américain
Ainsi, le Canada a obtenu que nos entreprises puissent profiter de manière limitée du peu qui reste des sommes d'argent associées au plan de relance américain pour les infrastructures - 75 % ayant déjà été dépensé. En échange, il livre les provinces aux appétits des entreprises étrangères qui pourront désormais convoiter davantage les contrats publics du Québec qui deviendra lié à l'Accord sur les marchés publics (AMP) de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Cet accord, que seuls des pays plutôt riches ont signé, ne concernait jusqu'ici que l'État fédéral.
« Il est consternant de voir à quel point nos gouvernements se comportent comme des dilapidateurs zélés de notre autonomie. Tant Stephen Harper que Jean Charest se font les apôtres du libre-échange alors qu'en temps de crise, il est plus nécessaire que jamais de maîtriser les mécanismes d'investissements publics et de voir à ce que ceux-ci soient profitables à la population du Québec et du Canada en priorité, pas aux entreprises étrangères », indique Claude Vaillancourt, coprésident d'ATTAC-Québec.
Au Québec comme ailleurs, les marchés publics passés par les ministères, les sociétés d'État, les organismes publics en santé et en éducation, par exemple, pour des biens, des services ou des travaux de construction, sont des outils de développement très importants. Être soumis aux règles de l'Accord sur les marchés publics de l'OMC signifie ne pas pouvoir favoriser autant qu'avant nos entreprises locales. Or, « lorsque des gouvernements élus démocratiquement dépensent l'argent des contribuables, il est tout à fait justifiable et approprié qu'ils cherchent à en maximiser les retombées globales pour leur propre population. », comme le précise Scott Sinclair du Centre canadien des politiques alternatives dans une analyse très clairvoyante (« Acheter américain », novembre 2009).
Les Américains eux-mêmes ne pensent pas le contraire. Toutes sortes d'exclusions dans les engagements qu'ont pris les États-Unis dans l'Accord sur les marchés publics à l'OMC prouvent qu'ils n'acceptent pas, dans les faits, que leurs contribuables financent des contrats publics octroyés à des étrangers. Malgré cette entente, nos entreprises continueront ainsi de se buter à plusieurs obstacles tandis que les entreprises américaines - et bientôt les européennes, qui font aussi pression en ce sens dans le cadre des négociations de libre-échange avec le Canada - se verront offrir un accès plus grand aux marchés publics québécois et canadiens.
Les parlementaires du Québec et du Canada doivent refuser cette entente, négociée en catimini sans véritable débat public et les mouvements sociaux et syndicaux du Québec doivent la prendre en compte dans la lutte actuelle pour les services publics.
21:57 Publié dans Communiqué | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La fin de la crise économique ? Pas avant 2015
Il ne fallait pas être déprimé, samedi 13 février, pour aller écouter les intervenants d'un colloque sur la crise, au sommet de la Grande Arche de la Défense. Philosophes, économistes ou agronomes : ils dressent tous un tableau apocalyptique.
« Nous sommes au bord de l'abîme », résume Edgar Morin. Quel diagnostic formuler ? Comment en sortir ? Revue de propositions.
Intervenaient également Joseph Stiglitz, Pierre Larrouturou et Marc Dufumier. Les interventions en vidéo sur le site d'Eco 89 : http://eco.rue89.com/2010/02/13/la-fin-de-la-crise-econom...
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12.02.2010
Royaume-Uni : les bonus des banquiers ont augmenté de 40 %
Les bonus des professionnels de la finance travaillant au Royaume-Uni vont bondir de 40 % en moyenne cette année, selon une enquête publiée vendredi par un site Internet, qui semble confirmer l'inefficacité de la taxe antibonus instaurée par le gouvernement britannique.
Sur les six cent quatre-vingt-quatorze professionnels qui ont répondu à l'enquête du site eFinancialCareers.com, un site spécialisé dans le recrutement au sein du secteur financier, seuls 10 % ont affirmé qu'ils n'étaient pas éligibles à une prime au titre de leurs performances de 2009. Et sur les 90 % restants, une poignée seulement (3 %) ont dit qu'ils ne recevraient pas non plus de bonus.
D'après l'enquête, les primes versées au titre de 2009 "sont en hausse de 40 % en moyenne par rapport aux primes 2008" versées l'an dernier. Par ailleurs, près des deux tiers des participants ont indiqué avoir bénéficié d'une hausse de salaire au cours des douze derniers mois, de 26 % en moyenne, un moyen qui semble utilisé par les banques pour limiter le coût de la taxe antibonus.
Cette étude semble conforter l'hypothèse que la taxe antibonus instaurée au Royaume-Uni n'a pas eu l'effet escompté par le gouvernement, à savoir inciter les établissements bancaires à réduire les primes payées à leurs employés. Le gouvernement britannique a créé en décembre une taxe ponctuelle sur les bonus des banquiers. Concrètement, les banques opérant au Royaume-Uni devront verser cette année au Trésor une somme équivalente à 50 % des bonus qu'elles auront payés à leurs employés au titre de 2009, au-delà de 25 000 livres (soit environ 27 500 euros).
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